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En toute inquietude
[ Jean-Luc Piraux ]

Suite de la rencontre avec Jean-Luc Piraux

Pour discuter un brin avec Jean-Luc Piraux, on a choisi de se téléporter. Pas très loin : à Maredsous, entre Namur et Dinant. Dans sa maison rurale, on foule les dalles noires arrachées aux carrières de la région et patinées par le temps. Au jardin, on croise une poule, une chèvre, un chat. La course du temps se calme, au bord du potager. Dans la cuisine, Brigitte nous prépare des crêpes, dont le grand fils Gaston vient se régaler. On entre dans une autre temporalité : elle ne nous coupe en rien du monde. Elle nous y invite autrement.

Chauffeur, magasinier, éducateur, jardinier,… Tu as exercé tout un tas de métiers avant de devenir comédien. Comment t’es venue la passion du théâtre ?
Je dirais que j’ai toujours été intéressé par le théâtre, mais je n’étais pas du tout sûr que le théâtre s’intéresse à moi ! Au départ, ce mondelà me semblait très lointain. A la maison, on n’écoutait pas de musique, on n’allait pas au cinéma ni au spectacle. L’art était un monde inconnu. Deux éléments sont venus instiller les germes de la passion. Tout d’abord, il y a eu Gaston, mon parrain d’adoption (comme j’aime l’appeler), qui m’hébergeait quand ça n’allait pas trop à la maison. Je suis l’aîné de cinq enfants, j’ai un frère handicapé, mon père a perdu son boulot quand j’avais 12 ans, ma mère connaissait des périodes difficiles… Bref, ce n’était pas toujours simple chez nous. Comme je n’ai rien d’un aîné qui prend les choses en main, et qu’il était clair que je préférais déjà les chemins de traverse aux lignes droites, mes parents m’envoyaient souvent chez Gaston. Avec lui, j’allais au cinéma ! On a vu tous les films muets – Charlie Chaplin, Buster Keaton, Laurel et Hardy… Mon parrain les connaissait par coeur mais il aimait les regarder avec moi. Il me regardait rire et les redécouvrait. Je pense que j’ai reçu de lui un cadeau dont je me régale toujours : la volonté de rire de ce qui semble a priori douloureux…
Ensuite, le goût du spectacle m’est venu par un processus assez paradoxal, dès l’enfance. J’étais d’une timidité incroyable. Prendre la parole en public m’inspirait une vraie crainte – ça a d’ailleurs duré jusqu’il y a peu. Mais j’ai découvert que j’avais un grand plaisir à provoquer le sourire chez les gens, à les emmener ailleurs. Créer une situation de jeu – embryon de théâtre – me permettait de trouver ma place. De mes 10 ans jusqu’à mes 15, j’ai joué de petits spectacles, des « jeux de rôles », organisés par mon prof de catéchisme. Je déconnais tout le temps. Jeune adulte, j’allais régulièrement à la gare d’Archennes, je m’installais dans une chaise longue, ou bien je me perchais sur un arbre en « cochon pendu », et je regardais les gens ! J’ai appris la clarinette à l’académie. Pour camoufler ma trouille inimaginable lors d’un des examens, j’ai eu l’idée de mettre un long imperméable sans pantalon en dessous... Tout le monde était offusqué mais riait. C’était des espèces de performances théâtrales… J’ai continué à développer cela de toutes sortes de façons : je récupérais des objets par terre pour faire des spectacles- minute au Marché du Midi, j’inventais des machines un peu folles (pour casser les oeufs par exemple) et j’écrivais des textes pour les présenter… C’est comme ça que tout a commencé. J’ai fait des rencontres artistiques importantes, notamment avec des gens issus des arts plastiques, des musiciens, un écrivain, qui m’ont tous soutenu et encouragé, puis je me suis formé au théâtre sur le tas, en faisant des stages – notamment auprès de Lassaâd Saïdi – puis en travaillant pour le théâtre jeune public, en multipliant les expériences en théâtre pour adultes… J’ai beaucoup de plaisir à travailler avec des partenaires, mais j’ai toujours continué à faire des solos : c’est le terrain que j’explore depuis le plus longtemps. La vie de tous les jours me bloque parfois complètement, mais si je joue, je peux tout faire.

Les petits boulots ont cédé peu à peu le pas au théâtre… Qu’avaistu fait comme études ?
J’ai étudié la logopédie pour faire « plaisir à mon père », selon qui je devais avoir un diplôme. Il estimait que le théâtre – qu’il ne connaissait pas et moi non plus – n’était pas une filière sérieuse… Alors j’ai choisi les études les plus courtes : logopédie ! Cela m’a en tous cas permis de découvrir que j’étais un grand dyslexique. Comme il y avait deux garçons pour 120 filles et que la demande était grande en logopèdes mâles, je n’ai pas eu trop de difficultés à réussir. J’avais un capital sympathie assez grand. Je n’ai jamais pratiqué : à la fin de mes études, on m’a proposé un rôle dans un spectacle…


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